Pourquoi Google, ChatGPT et d’autres outils d’IA volent-ils nos créations sans que personne n’en parle ?
Nous vivons une véritable révolution de l’intelligence artificielle générative. Des outils comme ChatGPT, Gemini (Google), Claude, Midjourney ou encore Suno permettent aujourd’hui de produire du texte, des images, de la musique, voire des vidéos à partir de simples instructions.
Ce progrès technologique impressionne, fascine… mais cache aussi un problème majeur : le vol des œuvres créatives réalisées par des millions d’artistes, écrivains, musiciens, journalistes, vidéastes, développeurs et créateurs web.
Et pourtant, peu de voix s’élèvent vraiment contre cette appropriation massive. Pourquoi ?

Comment Google siphonne le web créatif
Prenons l’exemple de Google. Lorsqu’un internaute tape une requête, comme “comment utiliser un proxy”, il ne se contente plus d'afficher des liens vers des sites.
Aujourd’hui, Google intègre directement dans ses résultats une réponse générée par son IA, Gemini (anciennement Bard). Cette réponse est souvent complète, claire et surtout basée sur le contenu que des créateurs indépendants ont mis en ligne.
Autrement dit, Google résume et s’approprie l’information, l’affiche directement sur sa page de recherche… et l’internaute n’a même plus besoin de cliquer sur un lien pour accéder au site original.
Résultat : les créateurs perdent du trafic, donc des revenus publicitaires, donc des moyens de subsister. L’ironie ? Google cite parfois les sources en bas de page… sans avoir demandé l’autorisation d’utiliser leur contenu.
Ce modèle, sous prétexte de “faciliter l’accès à l’information”, détruit peu à peu l’écosystème de la création web.
L’IA actuelle génère des revenus au détriment du contenu volé aux créateurs
Imaginez un journaliste indépendant. Il part sur le terrain, caméra à l’épaule, micro à la main. Il passe des heures à interroger des témoins, à croiser les sources, à vérifier les faits. Ensuite, il retourne dans son bureau, écoute tous les enregistrements, trie les données, et commence la rédaction d’un article minutieux, précis, honnête. Puis, il publie son travail sur son site web ou celui de son média.
Et que se passe-t-il ensuite ? Quelques heures plus tard, des outils comme ChatGPT, Google Gemini ou Claude viennent aspirer son article, le digérer, le reformuler, et le représenter à d’autres internautes… sans aucune mention de son nom, sans citation, sans redirection, sans rémunération.
Le journaliste, qui a investi du temps, de l’énergie, de l’argent, n’en tire rien. L’IA a volé son travail. Et pire encore : ce sont les entreprises d’IA qui en tirent les bénéfices. Elles l'utilisent pour renforcer leurs modèles, attirer des abonnés, vendre leurs services… pendant que le véritable créateur est effacé, ignoré, et parfois ruiné.
Pourquoi ? Parce que ces géants dominent le web. Ils fixent leurs propres règles, ils s’autorisent à tout récupérer, à tout réutiliser, et personne ne semble pouvoir les arrêter.
ChatGPT et les IA génératives : des bases de données construites sur le vol ?
À l’origine, des IA comme ChatGPT ou Claude étaient limitées à une base de données arrêtée dans le temps. Mais désormais, ces outils sont connectés au web en temps réel et peuvent accéder à des informations fraîches, récupérées directement sur les sites web de créateurs, encore une fois, sans autorisation.
Et cela ne s’arrête pas aux textes. Midjourney, DALL·E, Suno, Udio ou ElevenLabs exploitent aussi des images, des voix, des chansons issues d’artistes, souvent morts, parfois bien vivants, sans rémunération ni reconnaissance.
On a tous vu ces images virales de personnes façon Studio Ghibli, de Trump et Netanyahu sirotant des cocktails, ou encore des morceaux de rappeurs décédés générés par IA.
Mais d’où viennent les données qui ont permis à ces IA d’imiter les styles, les visages, les voix ? Des bases de données massives, souvent illégales, comme LibGen (utilisée par Meta pour entraîner LLaMA), ou encore des grilles d’images et de vidéos issues de YouTube, Instagram ou Pinterest.
L'Atlantic a même publié une base de données pratique , permettant à chacun de vérifier si son œuvre a été intégrée aux données d'entraînement.
Les entreprises admettent elles-mêmes que s’ils devaient payer ces œuvres, le coût serait prohibitif.
Je ne pense pas que les créateurs vont disparaître à cause de l’IA
Beaucoup affirment que l’IA remplacera les créateurs. Qu’il n’y aura plus besoin de musiciens avec Suno, plus besoin de peintres avec Midjourney, plus besoin de journalistes ou d’auteurs avec ChatGPT ou Claude. Mais ceux qui disent cela n'ont souvent aucune idée de comment fonctionnent réellement ces IA.
Car sans les créateurs humains, ces outils ne valent rien. Leur modèle économique repose entièrement sur notre travail. Ce sont nos articles, nos vidéos, nos chansons, nos images, nos enquêtes qui leur servent de matière première. Sans contenu frais, authentique et humain, les IA n’ont rien à générer.
Prenons un exemple simple : si aujourd’hui, on demande à ChatGPT “qui a été le meilleur joueur du match PSG vs Inter Milan ?” alors que le match n’a pas encore eu lieu (au moment où cet article est rédigé), il ne pourra pas donner une réponse fiable. Pourquoi ? Parce que les journalistes sportifs n’ont pas encore écrit les comptes-rendus, les analystes n’ont pas encore publié leurs débriefs, les médias n’ont pas encore diffusé les statistiques.
En résumé : pas de créateurs = pas d’information. Pas de vidéos, pas d’articles, pas de chansons, pas de textes. Donc pas de matière pour TikTok, YouTube, Facebook, Google, Gemini ou ChatGPT.
Il ne faut surtout pas oublier cette vérité fondamentale : les géants du numérique vivent grâce à nous. Ce sont les créateurs qui font tourner le web. Si nous arrêtons de créer, ce sont eux qui disparaîtront, pas l’inverse. Ne nous laissons pas manipuler par les discours sur la “fin des métiers créatifs” : l’IA ne crée rien seule. Elle recycle. Et pour recycler, elle a besoin de nous.
Le droit en retard, les créateurs sans défense
Malheureusement, la législation actuelle est mal adaptée à ces nouveaux usages. Dans de nombreux pays, il n’existe aucune protection efficace contre le scraping, ni de cadre juridique clair sur l’utilisation des données pour entraîner une IA.
Certaines actions émergent : des procès ont été lancés contre OpenAI, Meta ou Stability AI, des auteurs s’organisent, des syndicats s’activent. Mais la bataille juridique est lente, coûteuse, et déséquilibrée face à des entreprises valant des milliards.
Et maintenant ?
On ne peut plus faire semblant de ne pas voir ce qui se passe. Des entreprises puissantes utilisent nos œuvres (textes, photos, musiques, vidéos ) pour entraîner leurs intelligences artificielles, souvent sans nous le dire, et surtout sans notre accord.
Le pire ? Elles justifient ça en disant : "nous n’aurions jamais pu payer ces œuvres, donc nous avons préféré les voler”. Ce modèle n’est ni juste, ni soutenable.
Si vous êtes créateur ou créatrice et que vous écriviez, filmiez, composiez, dessiniez ou photographiiez alors il y a de fortes chances que votre travail ait été aspiré par une IA quelque part. Sans que vous soyez crédité, payé, ou même informé.
Alors, que peut-on faire ? Se mobiliser ensemble. En parler autour de nous. Partager nos histoires. Signer des pétitions, créer des collectifs, interpeller les plateformes et les décideurs. Chaque voix compte. Même un simple post peut réveiller des consciences.
Ce n’est pas une guerre contre la technologie, mais une demande de justice. Nos créations ne méritent pas d’être volées, exploitées, et rentabilisées sans nous, alors qu’elles sont le fruit de tant d’heures, de passion, et d’efforts.
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